29 août 2007
Helsana: 50 hôpitaux et 10 caisses maladie suffisent.
Journal : Handelszeitung.
Le groupe Helsana est sur la bonne voie en 2007, indique le CEO, Manfred Manser, qui s'attend à enregistrer un bon résultat cette année. Cependant, la caisse maladie enregistre à nouveau des frais de santé supérieurs à ceux de l'année précédente, a précisé le patron du groupe d'assurance dans une interview accordée au «Handelszeitung» (édition de mercredi 29 août 2007).
M. Manser estime qu'en Suisse, du point de vue de l'exploitation, 50 hôpitaux suffiraient, avec une dizaine de grosses caisses maladie.
Le patron d'Helsana voit diverses possibilités de réduire les coûts, notamment l'introduction d'une réforme structurelle dans le secteur des hôpitaux. On pourrait y économiser beaucoup d'argent, selon M. Manser, qui pense que la politique bloque la situation depuis des années.
Selon le CEO, si les hôpitaux étaient intelligemment répartis sur le territoire, aucun habitant n'aurait plus de 30 minutes de trajet à faire pour atteindre l'hôpital le plus proche. M. Manser indique un chiffre de 100 hôpitaux alors qu'actuellement on en compte près de 250.
La Suisse dénombre aussi trop de caisses maladie, relève M. Manser. Il pronostique une consolidation prochaine dans ce secteur. Helsana fera partie de ce processus actif, indique le CEO.
Helsana est le leader des caisses maladie en Suisse. Les primes enregistrées en 2006 ont été de 5,2 mrd CHF. La caisse compte plus de 1,9 mio d'assurés.
16 août 2007
Les complémentaires, un luxe nécessaire.
Journal : L'Hebdo.
Les assurances privées en Suisse couvrent aujourd’hui 10% du total des coûts de la santé. Depuis dix ans, le marché stagne, mais les assureurs ont augmenté leur rentabilité, tout en durcissant l’accès à leurs produits.
Comme le dit l’adage, la santé n’a pas de prix. A la Clinique Cecil à Lausanne, moyennant une assurance privée, vous vous retrouvez hospitalisé aux petits et aux grands soins d’une équipe de spécialistes. Vous avez enfin pu faire valoir vos droits quant à une prise en charge haut de gamme prévue par votre assurance complémentaire privée. On change les fleurs tous les jours, vous avez la télévision, vous êtes seul et le médecin chef passe quotidiennement pour évaluer votre état de santé.
Les Suisses sont assez friands d’assurances complémentaires qui étoffent leur assurance de base obligatoire prévue par la LAMal. Selon des estimations concordantes, 80% des assurés ont une ou plusieurs complémentaires. Parmi eux, 20% ne lésinent pas sur leur degré de couverture et ils adoptent les produits les plus complets en assurance privée ou semi-privée.
Il faut bien parler d’estimations, car le domaine de l’assurance privée en matière de santé propose une palette de milliers de produits, selon les diverses assurances. Leur évolution est perçue d’une manière très lacunaire par les acteurs et les observateurs. Le marché était estimé en 2006 par l’Office fédéralde la santé (OFS) à 5,4 milliards de francs, c’est-à-dire environ 10% de la facture des coûts de la santé en Suisse (53 milliards), soit le quart de l’assurance obligatoire LAMal. Mais le secteur reste impénétrable à des statistiques détaillées, contrairement à l’assurance de base qui représente, cette année, environ 20 milliards des coûts.
Nombreuses variantes : Les assurances complémentaires sont soumises à la loi sur le contrat d’assurance (LCA), qui règle l’ensemble des assurances privées. Les prestations versées aux assurés ont peu augmenté depuis l’introduction de la LAMal en 1996. Cela dit, plusieurs phénomènes sont notables. On assiste à l’émergence d’un foisonnement de produits, qui témoigne d’une intense créativité commerciale. L’assuré a le choix entre des variantes multiples et des calculs sans limite.
Malgré cela, l’assurance privée a de la peine à décoller. Au contraire, elle régresse. Jean-Paul Diserens, le patron d’Assura (500 000 assurés), constate que le principal produit, soit l’assurance d’hospitalisation privée, a connu une forte désaffection: «Il y a une quinzaine d’années environ, 50% de la population disposait d’une telle complémentaire, aujourd’hui, il n’en reste plus que 15 à 20%.» Mais d’autres produits (lire en page 18) ont pris le relais, et le versement des prestations privées a tout de même augmenté d’environ 10% en dix ans, contre 50% pour l’assurance de base. Progressivement, la marge bénéficiaire sur les primes complémentaires a grimpé de 13% en 1996, date de l’introduction de la LAMal, à près de 30% aujourd’hui. Delphine Centlivres, de la Fédération romande des consommateurs (FRC), confirme cette marge qui correspond aux standards des assurances privées en général. Dans ce laps de temps, les assureurs sont donc passés d’une logique de mutualité à une logique de rentabilité.
Moins remboursés : En d’autres termes, les assurés paient davantage, mais sont moins remboursés. Ce sentiment est confirmé par plusieurs observateurs du système, même si chacun manque de données statistiques. Ni l’Observatoire suisse de la santé, ni santésuisse, ni l’Office fédéral de la statistique ou encore la FRC ne disposent de chiffres suffisamment précis pour affiner une quelconque analyse. Seul le site Comparis.ch tient des estimations sur les préférences des Suisses quant à leurs complémentaires.
Dans ce contexte, un certain mécontentement, doublé d’une méconnaissance des offres, est sensible. Pour Mauro Poggia, président d’honneur de l’Association suisse des assurés (Assuas), le problème est plus profond: «Quand vous êtes jeune, on encaisse et, quand vous êtes vieux, on vous jette. Les conditions sont de plus en plus dures.» Christian Canela, juriste responsable de l’association, constate qu’il ne se passe pas un ou deux jours sans qu’elle soit sollicitée pour défendre des membres qui se sentent lésés. Actuellement 250 cas y sont en procédure. L’ombudsman de l’assurance maladie en Suisse, Rudolf Luginbühl, en recense 2000 par année sur l’ensemble du pays (lire en page 20). Christian Canela poursuit: «Il y a une grande diversité. Mais nous nous heurtons toujours à l’opacité des assureurs à qui la loi accorde le secret des affaires, quand bien même nous nous battons avec un certain succès pour que celui-ci ne soit pas applicable dans le domaine de la santé. Le système est donc très nébuleux, c’est un néant juridique. De plus, les assureurs multiplient leurs sociétés, font des transferts de frais, et les assurés sont désorientés.»
Les problèmes sont multiples. D’une part, le marché privé propose une gamme de produits déconcertante par le nombre et différente selon les assureurs, avec des réserves selon l’état de santé, les antécédents médicaux, l’âge, la région ou le sexe. Les questionnaires sont carrément dissuasifs et la réponse négative d’un assureur est souvent une source d’incompréhension. «Le client idéal doit être en bonne santé, non fumeur, peu consommateur d’alcool, sportif et, surtout, dans une tranche d’âge qui n’excède pas 45 ans», fait remarquer un vendeur d’assurances de Lausanne. Dans notre enquête, les témoignages concordent largement sur ce point. Un autre problème concerne les conditions de résiliation. Selon les assurances, les contrats courent sur une durée d’un à cinq ans, la plupart sont reconduits tacitement. Mais l’assureur se réserve le droit de les dénoncer unilatéralement, ce qui peut arriver notamment lorsqu’un assuré change de caisse pour l’assurance de base, qu’il passe la limite d’âge ou qu’il devient un trop important consommateur de prestations.
Peu informés : Michel M., conseiller en assurances dans l’arc lémanique, constate: «S’assurer en complémentaires est de plus en plus difficile. Par ailleurs, les gens sont peu informés, ils ne savent pas à quoi ça sert. Je leur demande: “Pourquoi les avez-vous?” C’est psychologique et non économique. Les assureurs veulent vendre beaucoup de complémentaires qui ne servent pas à grand-chose. Par exemple, l’hospitalisation dans toute la Suisse ne sert souvent à rien, car, en cas d’urgence, on est soigné partout et, pour les cas prévisibles, les hôpitaux cantonaux répondent à la demande.» La Confédération pourrait d’ailleurs mettre un terme à cette situation en suivant la proposition de Pascal Couchepin, qui veut libéraliser l’accès aux hôpitaux.
Pour toutes ces raisons, le marché des complémentaires a stagné. Raymond Rossel, spécialiste à l’OFS, constate: «L’intérêt pour les complémentaires est stable, car l’assurance de base a réglé l’accès aux soins pour tout le monde avec un bon niveau de qualité.»
Cela dit, à considérer l’indice des primes mesuré par l’OFS, les complémentaires ont moins augmenté que l’assurance de base, 25% contre 50% en dix ans. Pour Christian Canela, c’est un écran de fumée: «Il y a là une astuce, pour ne pas dire une escroquerie, car l’assurance privée s’inscrit dans une logique économique à long terme basée sur l’augmentation du bénéfice au détriment des assurés.» Ce que conteste Jean-Paul Diserens: «Au niveau des complémentaires, la sélection des risques est normale: si quelqu’un est en mauvaise santé, le risque n’est pas bon et il n’est pas accepté. Quant aux résiliations, nous ne menons pas cette politique. Nous sommes des commerçants et nous avons tout intérêt à fidéliser notre clientèle pour qu’elle n’aille pas ailleurs.» Quant à favoriser un assuré plus riche, à négocier le prix, il n’en n’est pas question: «Il n’y a pas à négocier, nos critères relèvent uniquement de la santé du client.»
Deux vitesses Delphine Centlivres estime pour sa part que les complémentaires ont fait perdre le sens de la solidarité, de la mutualité, au travers d’une sélection toujours plus pointue des risques: «Si vous avez un faible revenu, vous n’avez pas les moyens. Si vous êtes pauvre et malade, c’est encore pire, vous n’avez pas accès à une certaine qualité des soins, notamment d’hospitalisation.» Pour faire court et connu, dans le monde des complémentaires, mieux vaut être riche, jeune et en bonne santé, que pauvre, vieux et malade. C’est effectivement, en marge de l’assurance de base, une médecine à plusieurs vitesses qui s’est installée. Les complémentaires seraient-elles devenues une assurance de riches? «Pas vraiment, répond Jean-Paul Diserens. Il s’agit de gens venant de la classe moyenne qui sont inquiets pour leur santé. Paradoxalement, les personnes qui s’y accrochent le plus sont les personnes âgées assurées depuis longtemps. Ce sont elles aussi qui les abandonnent en raison du prix.» Il concède tout de même que de nouvelles sociétés sont apparues, moins chères, mais plus restrictives dans l’acceptation de nouveaux clients. En clair, les assureurs d’hier et d’aujourd’hui chassent les bons risques. Alors que, pour les assurés, les complémentaires sont en passe de devenir un luxe nécessaire.
10 questions incontournables sur les complémentaires
1 - Un passe-droit aux urgences? Non et oui
2 - Plus de confort à l’hôpital? Oui
3 - L’accès au médecin en chef? Oui
4 - Suis-je traité plus vite et quand je veux? Oui et non
5 - Ai-je accès à d’autres médicaments? Non et oui
6 - Des spécialistes plus motivés? Oui
7 - Une meilleure prise en charge en cas d’accident? Non et oui
8 - Une grossesse mieux vécue? Oui
9 - Une médecine à deux vitesses? Oui
10 - Un choix philosophique et préventif? Oui